Le portail de l’Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) a été infiltré le 15 avril 2026. Selon certaines sources spécialisées, jusqu’à 19 millions de comptes pourraient être exposés. Immatriculations, changements de titulaire, duplicatas : voici ce qui est bloqué et comment poursuivre vos démarches de carte grise malgré la crise.
Sommaire
Chronologie de la cyberattaque : que s’est-il passé exactement ?
Le mercredi 15 avril 2026, des pirates informatiques ont infiltré le portail numérique de l’ANTS, selon le site Démarches Administratives. L’agence, créée en 2007 et placée sous tutelle du ministère de l’Intérieur, gère l’ensemble des titres sécurisés français : passeports biométriques, cartes nationales d’identité, permis de conduire et certificats d’immatriculation.
L’incident de sécurité a été détecté le 15 avril 2026, et le ministère de l’Intérieur a publié un premier point d’étape le 21 avril 2026, selon les communiqués officiels disponibles sur le site du ministère. Ce délai entre l’intrusion et la communication officielle soulève des questions sur la réactivité de la chaîne d’alerte.
Selon certaines estimations relayées notamment par RGPD Kit, le nombre de comptes potentiellement exposés pourrait atteindre 19 millions — un chiffre qui reste à confirmer à mesure que l’enquête progresse. Cette estimation couvrirait l’ensemble des usagers ayant effectué au moins une démarche sur le portail ANTS au cours des dernières années. La plateforme concentre, depuis la réforme du Plan Préfectures Nouvelle Génération de novembre 2017, l’essentiel des procédures d’immatriculation en ligne, les déplacements aux guichets physiques en préfecture ayant été fortement limités pour ces démarches.
Quelles données ont été compromises — et lesquelles sont épargnées ?
Le ministère de l’Intérieur a communiqué une liste précise des catégories de données potentiellement volées, selon Démarches Administratives. Pour les comptes particuliers, sont concernés : l’identité (nom, prénom, civilité), les coordonnées (adresse e-mail, numéro de téléphone, adresse postale), l’état civil (date et lieu de naissance) et les identifiants de connexion.
Point important : selon les informations fournies par le ministère de l’Intérieur, les pièces jointes envoyées lors des démarches — justificatifs de domicile, photos d’identité, actes d’état civil — n’ont pas été compromises. Les mots de passe ne font pas non plus partie des données exposées. Le ministère précise que les données volées ne permettent pas d’accéder directement aux espaces personnels des usagers.
Néanmoins, la combinaison nom, prénom, adresse e-mail et date de naissance représente un ensemble suffisant pour organiser des campagnes de phishing personnalisé. Un fraudeur pourrait envoyer un e-mail convaincant, imitant l’ANTS, demandant de « vérifier » un dossier ou de « renouveler » un accès afin de récupérer des identifiants ou des coordonnées bancaires.
Ce qui est bloqué et ce qui reste possible pour votre carte grise
La fermeture ou la perturbation du portail ANTS affecte directement l’ensemble des démarches de certificat d’immatriculation transitant par le site officiel. Les demandes de carte grise en ligne, les changements de titulaire, les duplicatas et les corrections d’erreur sont concernés dès lors qu’ils passent par le système de l’ANTS.
En revanche, les prestataires privés habilités par le ministère de l’Intérieur disposent d’un accès direct au Système d’Immatriculation des Véhicules (SIV), en vigueur depuis avril 2009, selon l’arrêté du 9 février 2009 relatif aux modalités d’immatriculation. Cet accès, distinct du portail grand public de l’ANTS, leur permet de continuer à traiter les demandes d’immatriculation tant que le SIV lui-même reste fonctionnel. C’est une nuance technique essentielle : la cyberattaque a visé le portail usagers, pas nécessairement l’infrastructure SIV dans sa totalité.
Pour les professionnels de l’automobile — concessionnaires, marchands, garages mandataires — disposant de leur propre habilitation SIV, la situation dépend du périmètre exact de la perturbation, qui n’a pas été entièrement précisé par le ministère. Les auto-écoles, elles, sont particulièrement impactées pour les demandes de permis de conduire transitant exclusivement par l’ANTS, comme le soulignait l’article initial de Démarches Administratives.
Guide de décision selon votre situation : de J+0 à J+30
Vous venez de vendre un véhicule
La déclaration de cession est une obligation légale. L’article R322-5 du Code de la route impose à l’acquéreur d’effectuer le changement de titulaire dans un délai d’un mois (30 jours) après la date de cession, sous peine d’une amende forfaitaire de 135 EUR. Si le portail ANTS est inaccessible, le vendeur doit impérativement conserver une preuve datée de la cession (cerfa 15776 rempli et signé) et tenter d’enregistrer la déclaration via un prestataire habilité disposant d’un accès SIV.
Le vendeur reste juridiquement responsable des infractions commises avec le véhicule tant que la carte grise n’a pas été transférée. L’urgence est donc réelle. En cas d’impossibilité technique avérée et documentée, la notion de force majeure administrative pourrait être invoquée pour contester une amende reçue durant la période de panne, mais aucune jurisprudence spécifique à ce cas de figure n’existe à ce jour.
Vous venez d’acheter un véhicule
L’acheteur dispose du certificat provisoire d’immatriculation (CPI), valable un mois, qui l’autorise à circuler légalement en attendant la réception du certificat d’immatriculation définitif. Si ce CPI a été délivré avant la cyberattaque, il reste valable pendant sa durée initiale. Si la demande n’a pas pu être déposée, le recours à un prestataire habilité constitue la voie la plus directe pour lancer la procédure.
Vous attendez un duplicata ou une correction
Pour ces démarches moins urgentes, la patience peut être une option. Toutefois, circuler sans certificat d’immatriculation valide expose à une contravention. Pour connaître les sanctions encourues, consultez notre guide sur les risques à rouler sans carte grise. Il est recommandé de conserver tous les récépissés de demande comme preuves de bonne foi en cas de contrôle routier.
Risques juridiques : que dit la loi en cas de panne administrative ?
Le droit français ne prévoit pas explicitement de suspension des délais légaux en cas de défaillance d’un portail numérique public. Le délai de 30 jours pour le changement de titulaire, selon l’article R322-5 du Code de la route, ne comporte pas de clause d’exception pour indisponibilité technique.
Cependant, plusieurs pistes juridiques existent. La théorie de la force majeure (événement imprévisible, irrésistible et extérieur) pourrait s’appliquer si l’automobiliste démontre qu’il a été dans l’impossibilité totale d’effectuer sa démarche par quelque canal que ce soit — y compris via un prestataire habilité. C’est précisément sur ce point que le recours à un professionnel habilité change la donne : s’il restait une voie accessible, l’argument de force majeure s’affaiblit.
En matière de responsabilité de l’État, le principe de continuité du service public pourrait fonder un recours indemnitaire devant le tribunal administratif. Un automobiliste ayant subi un préjudice démontrable (amende reçue, vente annulée, impossibilité de circuler pour raison professionnelle) pourrait engager une action. Les délais de telles procédures se comptent toutefois en mois, voire en années.
Protéger son identité : les réflexes à adopter immédiatement
Le ministère de l’Intérieur a indiqué que les usagers identifiés comme affectés seront contactés individuellement par e-mail ou par courrier, selon Démarches Administratives. L’absence de notification ne garantit cependant pas que vos données sont sûres : les enquêtes techniques sont toujours en cours et le périmètre exact de la fuite n’est pas encore totalement déterminé.
Plusieurs mesures de protection s’imposent. Changez immédiatement le mot de passe de votre compte ANTS, ainsi que celui de tout service où vous utilisez le même identifiant ou la même adresse e-mail. Activez la double authentification partout où c’est possible. Ne cliquez jamais sur un lien présent dans un e-mail semblant provenir de l’ANTS si vous n’êtes pas sûr de l’expéditeur : connectez-vous toujours directement via l’adresse officielle immatriculation.ants.gouv.fr.
Pour surveiller une éventuelle usurpation d’identité liée à votre véhicule, le service Histovec, accessible gratuitement sur histovec.interieur.gouv.fr, permet de vérifier l’historique officiel d’un véhicule : changements de propriétaires, situations de gage, véhicules économiquement irréparables, selon le ministère de l’Intérieur.
Le calendrier de rétablissement reste flou
Au moment de la publication de cet article, le ministère de l’Intérieur n’a communiqué aucun calendrier précis de rétablissement complet du portail ANTS. Cette absence de visibilité constitue un problème concret pour les millions d’usagers ayant des démarches en cours ou à initier. Pour suivre l’avancement de votre dossier, vous pouvez consulter notre page où en est ma carte grise.
L’incertitude sur la durée de l’interruption représente un risque particulier pour les automobilistes soumis à des délais légaux stricts. Tant que le portail grand public est perturbé, les prestataires habilités par le ministère de l’Intérieur, disposant d’un accès professionnel au SIV selon l’article R322-1 et suivants du Code de la route, constituent le canal alternatif principal pour effectuer une demande de carte grise.
Les tarifs d’un prestataire habilité incluent les taxes obligatoires (identiques à celles de l’ANTS) auxquelles s’ajoute un honoraire de service. Pour les automobilistes confrontés à un délai légal imminent, ce surcoût peut s’avérer nettement inférieur aux conséquences financières d’un dépassement de délai — l’amende forfaitaire de 135 EUR pour défaut de changement de titulaire, par exemple.
Recours et indemnisation : peut-on se retourner contre l’État ?
La question de la responsabilité de l’État se pose à deux niveaux. D’abord, au titre de la protection des données personnelles : le Règlement général sur la protection des données (RGPD) impose aux organismes publics des obligations strictes en matière de sécurisation des données. Une faille ayant conduit à l’exposition potentielle d’un très grand nombre de comptes pourrait donner lieu à une enquête de la CNIL et, le cas échéant, à des sanctions.
Ensuite, au titre du préjudice individuel : tout usager ayant subi un dommage direct et démontrable (amende injustifiée, perte financière liée à une vente bloquée, frais engagés auprès d’un prestataire alors que le service public aurait dû être accessible) peut en théorie déposer un recours indemnitaire devant le tribunal administratif. La première étape consiste à adresser une réclamation préalable au ministère de l’Intérieur. Sans réponse sous deux mois, le silence vaut rejet et ouvre la voie au contentieux.
Dans tous les cas, il est essentiel de conserver l’intégralité des preuves : captures d’écran de l’indisponibilité du portail, récépissés de démarches, échanges avec le support ANTS, justificatifs de frais engagés auprès d’un prestataire alternatif.



